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URL: http://www.lepoint.fr/editos-du-point/etienne-gernelle/homo-numericus-04-04-2013-1650010_782.php

La condition numérique

Cela a commencé il y a quarante ans et la secousse est tellement violente que l'on a bien du mal à s'en remettre. Dans La condition numérique (1), Bruno Patino et Jean-François Fogel tentent de faire le point sur ce qui nous arrive. Un travail d'anthropologue plutôt dérangeant. On y mesure combien la vie devant les écrans bouscule ce qu'Aristote, Tocqueville, Proust ou Hannah Arendt racontaient de l'homme. Pensée, mémoire, émotion, tout change ! Les hiérarchies volent en éclats, comme en témoigne la devise de Dave Clark, l'un des concepteurs d'Internet : "Nous rejetons les rois, les présidents et le vote. Nous croyons au consensus et à l'exécution du code." Le pouvoir appartient à ceux qui savent parler aux machines. La nouvelle monnaie se nomme "big data" et, écrivent les auteurs, "il y a quelque chose de la Rome naissante dans la façon qu'ont les géants du réseau d'imposer leur standard avec des solutions complètes englobant tout". On pensait plus ou moins savoir cela, mais l'ouvrage, ultradocumenté, donne le vertige. Éffrayant ? Plutôt une invitation urgente à se plonger dans le nuage ("cloud"), une affaire trop sérieuse pour être laissée aux geeks. La leçon vaut pour les gouvernants, les entreprises, et tout le monde. Y compris les journalistes. Patino et Fogel, dans un chapitre court, exhortent les médias à saisir l'amplitude du séisme. À raison. En revanche, on n'est pas obligé de partager leur pessimisme tranquille. Comme si le nouveau monde numérique était régi par la loi implacable de la fatalité.

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Bruno Patineau

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